Mardi, 22 août 2006. Il est 12h. C’est le repas du déjeuner. Deux employées arrivent avec les cantines directement de la cuisine centrale. Le professeur Redjimi, chef du service cardiologie à l’hôpital Nafissa-Hamoud à Hussein-Dey, demande aux deux femmes de lui montrer le menu du jour. En entrée, les malades auront droit à des carottes et des betteraves râpées. En plat de résistance, ils auront, selon leur régime, un ragoût de carottes et des petits pois cassés avec de la viande, ou de la viande avec des poivrons grillés. “Vous voyez, nous ne vous attendions pas. Les repas apportés par la famille sont désormais interdits dans mon service et dans tout l’hôpital Nafissa-Hamoud”, déclare l’ex-ministre en tenue d’été car il était en réalité en train d’inspecter l’état d’avancement des travaux dans les autres ailes de son service. Pour le moment, seul le service hommes, où les travaux sont achevés, est opérationnel. Les patients se mettent à table aussitôt le repas servi. Bien entendu, tous ne semblent pas apprécier la qualité des repas servis. “Ce n’est pas comme les repas de chez moi. Mais que voulez-vous, je n’ai pas le choix”, se plaint un malade. “Justement un malade ne doit pas se fatiguer en mangeant. Dans certains cas, trop manger peut s’avérer fatal pour certains, notamment les cardiaques. Nous servons dans mon service des repas diététiques selon le régime de chaque cas. Laisser les parents introduire la nourriture aux malades, c’est faire courir un risque aux patients hospitalisés. Les parents introduisent, en effet, sans distinction des aliments nocifs car contenant du sel ou du sucre pour des malades qui ne doivent pas en consommer”, ajoute le professeur Redjimi. “Aucune nourriture ou literie provenant de l’extérieur n’est tolérée dans tout l’hôpital”, affirme le Dr Chabani.
À l’hôpital Mustapha-Pacha, ce sont les visiteurs qui se plaignent de la mesure leur interdisant d’introduire des aliments à leurs proches. “Que dira mon frère quand je viens le voir les mains vides ?” se plaint un visiteur qui a dissimulé des victuailles au fond d’un panier. “J’ai déposé au dessus de la marmite des effets vestimentaires pour pouvoir passer devant les gardiens”, explique-t-il. Au service de chirurgie générale A occupant un espace d’un autre service, à savoir la chirurgie B, quelques malades se reposent dans des lits déglingués. “Ce n’est que provisoire, il faut visiter notre service maintenant qu’il est rénové. Dans quelques jours, nous allons nous installer dans notre vrai service, et croyez-moi nous avons de quoi être fiers. Tous les équipements sont neufs. Ce service sera alors en chantier pour être rénové à son tour”, affirme un infirmier. Ce dernier n’oublie pas de rappeler que trois femmes viennent d’être recrutées pour s’occuper du seul volet hôtellerie. Au service pédiatrie, les enfants malades n’oublient pas leur passe-temps favori : le jeu. À notre arrivée, plusieurs d’entre eux sont en train de jouer dans leurs chambres ou de courir dans les couloirs. Là aussi les lits sont en piteux état, mais nous a-t-on affirmé, “ce service sera bientôt retapé lui aussi”. Eu égard à la spécificité de ce service, la nourriture venant de l’extérieur est tolérée lorsqu’elle est destinée aux mamans accompagnant leurs enfants. Quant aux draps, seuls ceux de l’hôpital sont autorisés. Nous croisons à la sortie du service de chirurgie générale à l’hôpital Maillot de Bab El-Oued un citoyen portant à bout de bras plusieurs sacs. “Je viens pour faire sortir mon père. Ce sont là ses effets vestimentaires et ses affaires personnelles. Les parents ne sont plus autorisés à introduire de la nourriture dans ce service”, explique-t-il. La mesure semble respectée dans ces trois hôpitaux ; pourtant les parents estiment qu’il s’agit là d’une décision qui n’arrangerait pas les patients. Ces derniers affirment manger à leur faim, quand bien même la qualité gastronomique laisserait à désirer
publié par Article J-Liberté par S.I le 23.08.2006 dans: Article de Presse